La Terrasse Blanche
Un Montréalais rêve de faire fortune avec le tourisme en Haïti Les affaires allaient bien pour Akim. Très bien. Puis, la crise.     Quand on pense à la perle des Antilles, le tourisme est rarement la première chose qui nous vienne à l’esprit. Akim Acacia, un Québécois d’origine haïtienne, compte toutefois changer les perceptions avec la Terrasse blanche. Après trois ans de travail acharné et d’allers-retours YUL-PAP, le vent des Caraïbes tourne finalement en la faveur d’Akim.
L’entreprise qui a commencé par une chambre à louer sur Airbnb est désormais une auberge tout inclus pouvant recevoir une douzaine de visiteurs et offrant des excursions aux quatre coins d'Haïti.

Akim voit grand. C’est le moment idéal pour une offensive : aménagement de nouvelles chambres, embauches et développement de partenariats pour bonifier ses forfaits vacances.
Il s’installe indéfiniment à Port-au-Prince pour rejoindre son père Aly qui gère les opérations sur place.

Scandale de corruption. Soulèvement populaire. C’est la crise en Haïti.
Pendant qu’Akim s’affaire aux rénovations avec son équipe, les médias de la planète relayent des images peu rassurantes. Des transporteurs annulent leurs vols. Expedia retire les forfaits vers Haïti.
Si Akim et Aly sympathisent avec la colère de leurs concitoyens qui prennent les rues pour se faire entendre, cette semaine de turbulences perturbe les plans et coûte cher. Les réservations ne rentrent plus et des groupes se désistent.
Le duo père-fils garde foi : «On croyait avoir marqué le point gagnant en prolongation pour enfin passer à la prochaine ronde des séries. Le but a été refusé. Le travail est à refaire.»

ÉTÉ 2016 : RÉVÉLATION DANS UN CENTRE D’APPELS

La première fois qu’Akim convainc des amis de le suivre en Haïti, il appréhende leurs réactions. Le choc culturel serait-il trop intense pour les non-initiés?
«Haïti offre une expérience unique aux voyageurs, mais c’est certain que ça contraste avec ce qu’on vit à Cancún ou en Europe.»

À son agréable surprise, la gang tripe fort et tous promettent de revenir.
«C’est dans le regard des autres que j’ai réalisé tout le potentiel d’Haïti. Plus que jamais, j’étais fier de mon pays d’origine et je voulais trouver une façon de le transmettre.»
Dès son retour à Montréal, Akim se donne la mission d’inciter plus de touristes québécois à choisir Haïti comme destination soleil. Cantonné dans son cubicule de centre d’appels, il prend chaque moment de répit pour bâtir son plan d’affaires.

Il convertit les appartements de son père à Port-au-Prince en mini hôtel. Aly, un ex-enseignant et chroniqueur ayant vécu une vingtaine d’années au Québec, agirait à titre d’hôte et de guide.
«J’ai suivi une formation en entrepreneuriat. J’étais constamment en meeting ou au téléphone. Tous mes temps libres étaient dédiés au développement du concept, du site web et de la clientèle.»

À l’aide d'Instagram, Akim présente un visage différent de ce pays riche en paysages et en culture. Petit à petit, des clients potentiels se manifestent.
«Dans les commentaires, les gens étaient tellement surpris de constater la beauté des plages ou l’effervescence d'une ville comme Jacmel.»
Il doit cependant répondre à une multitude d’interrogations et d’inquiétudes.
«Ma mère me dit que c’est dangereux.»
«La bouffe a l’air de quoi?»
«L’internet existe à Haïti?»
Il fait également face au scepticisme de gens d’affaires du pays à qui il propose des partenariats. «J’ai vite réalisé que le changement des perceptions devait se faire des deux côtés.»

Un hôtelier de Petit Goave, la ville où a grandi Dany Laferrière, trouvait Akim dupe de penser que son projet attirerait autre chose que des évangélistes en quête de nouveaux disciples et une poignée d’aventureux backpackers.
Malgré les embûches, Akim persévère. Au fil du temps, il convertit assez de sceptiques pour garder le projet à flot.

Les muralistes et Akim devant une des fresques du festival d'art urbain «L'Art de s'unir».
En 2018, un artiste montréalais souhaitant mettre sur pied un festival d’art urbain à Port-au-Prince contacte Akim. L’initiative réunissant des muralistes québécois et haïtiens permet d’accroitre la visibilité de La Terrasse Blanche en ligne.
Soudainement, Akim est inondé de courriels et les réservations se multiplient ... jusqu'en février dernier.

AUJOURD'HUI
Depuis ses débuts, la Terrasse blanche a accueilli plus de 200 vacanciers.
La vague d’annulations en février fait tranquillement place à un regain d’intérêt de clients potentiels. D’ailleurs, trois New-Yorkais visiblement satisfaits de leur périple viennent tout juste de quitter les lieux.

Certes, les ambitions d’Akim ont mangé une claque le mois dernier. Et le sort de cette petite entreprise n'est pas aussi pressant que celui de son pays d'accueil et de sa population.
Des raisons de plus continuer selon lui : «Que ce soit ici ou à Montréal, les affaires, c'est aussi savoir gérer en temps de crise. Et ma motivation pour le projet de La Terrasse blanche, c’est pas juste une question de profits au final. Spécialement dans les circonstances actuelles, je le dois à Haïti et à moi-même de ne pas give up.»